Yvette Pierpaoli (1938-1999), un combat pour faire naître l’espoir.

Discussion dans 'Histoire Lorraine' créé par Bernard, 13 Août 2011.

  1. Bernard

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    Avant propos.

    Comme chacun sait sur ce Forum, périodiquement, j’ouvre des sujets sur des personnalités lorraines méconnues afin de les faire découvrir aux lecteurs de Lorraine Café. Il y a quelques mois mon attention fut attirée par un article de Jean-Pierre Gourinat, paru dans Libération le 22 avril 1999 :

    « Pour Yvette Pierpaoli.

    Singulière constatation: nous apprenons par ABC News la mort, à la frontière albano-kosovare, d'un couple américain et d'une Française, Yvette Pierpaoli, tous trois dirigeants d'ONG. Ces premiers morts au champ d'honneur humanitaire n'ont pas été jugés dignes d'être mentionnés par les différentes chaînes de télévision françaises. Pourtant, la mort violente d'Yvette Pierpaoli ne méritait pas d'être passée sous silence en France. Cette femme, hors du commun, voua son existence aux «impuissants face à la tourmente», tel était son propos, c'est-à-dire les réfugiés, et tout particulièrement les orphelins.

    De Phnom Penh, avant la « libération Khmer rouge » puis de Bangkok, après la chape de plomb « pudico-médiatique » elle ne cessa de consacrer son temps et ses moyens « mère Teresa » de l’enfance violentée par les exactions idéologiques, aux plus innocents d’entre tous : les enfants. Elle en avait adopté un. Faut-il reléguer à l’anonymat un cœur pur, dignement remercié par John le Carré dans son roman Comme un collégien ? »


    Piqué de curiosité pour cette personnalité native de Ban-Saint-Martin (Moselle), dont j’ignorais tout, je me suis mis en quête d’informations pour écrire sa biographie. Très rapidement j’ai su qu’Yvette Pierpaoli avait été une femme au destin exceptionnel dont la vie hors du commun méritait d’être dévoilée au plus grand nombre de lecteurs. Peu après j’ai découvert que l’Académie Nationale de Metz avait fait paraitre dans un rapport de travaux annuel, en l’occurrence « Mémoires 2001 », un article relatif à Yvette Pierpaoli écrit par le Docteur François JUNG. A ma demande, le secrétariat de l’institution savante m’a complaisamment fait parvenir l’ouvrage à mon domicile.

    Poursuivant mon enquête, j’ai pris contact avec le Docteur François JUNG qui a eu l’extrême amabilité de m’adresser de nombreux documents, fruits de ses recherches, lesquels lui ont permis d’écrire la biographie d’Yvette PIRPAOLI. A la découverte de ce « véritable trésor », il m’apparut qu’il devenait désormais pour moi inconvenant de vous proposer une pâle biographie réécrite par mes soins. Je m’en suis ouvert à l’auteur qui aimablement m’a donné, avec l’accord de l’Académie nationale de Metz, l’autorisation écrite à faire paraître sa propre biographie sur Lorraine Café. Ma contribution à cette présentation se limite au rajout de quelques illustrations que le Docteur François YUNG a généreusement joint à son envoi.

    Je vous invite donc à découvrir, in extenso, « Yvette PIERPAOLI (1938-1999), Héroïne lorraine de l’action humanitaire », écrit par le Docteur François YUNG, membre de l’Académie nationale de Metz.
     
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  2. Bernard

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    Conformément à l’article 39 des Statuts de l’Académie nationale de Metz, je précise que le texte de ce sujet a déjà été lu à l’Académie et que l’article complet du Docteur François YUNG est paru dans l’ouvrage « Mémoires 2001 » de l’institution, pages 259 à 265.

    Je souligne pour ma part que l’autorisation de publication de cette biographie m’ayant été attribuée à titre personnel, toute copie, même partielle, effectuée à partir du support proposé par le Forum Lorraine Café, et ce à des fins de publication, ne saurait être tolérée sans l’accord de l’autorisation légale à laquelle j’ai moi-même préalablement souscrit et pour laquelle je me suis engagé à en respecter scrupuleusement les directives.
     
    Dernière édition: 13 Août 2011
  3. Bernard

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    Yvette Pierpaoli (1938-1999)
    Héroïne lorraine de l’action humanitaire
    par le Docteur François JUNG, membre de l’Académie nationale de Metz

    Le 18 avril 1999 une dépêche d’agence annonçait le décès accidentel, au cours d’une mission en Albanie, d’Yvette Pierpaoli, née au Ban-Saint-Martin. Cette nouvelle a été annoncée très discrètement : la presse locale et certains journaux parisiens s’en sont fait l’écho en quelques lignes, mais cet évènement n’a pas été mentionné par les chaînes de radio-télévision pourtant si prolixes à l’époque en ce qui concerne les évènements des Balkans. Cependant, la mort lors d’une action humanitaire de cette femme qui avait voué son existence aux « impuissants face à la tourmente », aurait justifié de plus amples commentaires. C’est pourquoi il m’a paru bon de vous entretenir de la vie hors du commun de cette Mosellane.

    [​IMG]
    Yvette Pierpaoli

    Yvette Pierpaoli naquit le 18 mars 1938 4 rue des Bénédictins, au Ban-Saint-Martin. Son père Ettore né en 1907 à Sassoferrato, petite cité italienne située à proximité d’Ancône, fit partie de ces nombreux immigrants venus entre deux guerres chercher du travail dans une Lorraine à cette époque en plein essor industriel. Il avait épousé, alors qu’elle sortait de l’adolescence, Jeanne Michel, née en 1909 à Vilette (M. et M.). Cette jeune fille orpheline avait été prise en charge par l’Assistance publique et placée dès sa quinzième année dans une ferme où elle avait effectué les plus basses besognes. Lors de la naissance d’Yvette, le couple avait déjà quatre enfants : deux garçons et deux filles.

    Ettore Pierpaoli exerçait à Metz la profession de mécanicien en automobile : excellent technicien il était très apprécié par son employeur. Après la défaite de 1940, il dut, avec sa famille, quitter la Moselle et trouva refuge à Nancy. Il avait monté une petite entreprise de transport, mais il dut bientôt renoncer à cette activité, en raison du vol de son unique camion.

    Sa famille connut alors d’importantes difficultés matérielles pendant toute la durée de l’Occupation.

    Après la guerre, les Pierpaoli regagnèrent la Moselle et se fixèrent à Scy-Chazelles, dans un quartier où vivaient de nombreux Italiens. Le père retrouva facilement un emploi de mécanicien. Yvette fréquenta l’école du village. Elle suivit l’enseignement prodigué par monsieur Martin dont elle garda longtemps le souvenir. Lors d’un cours de géographie l’instituteur avait évoqué l’Indochine : c’est devant la carte de l’Asie qu’il avait déployée, que la jeune Yvette fut intéressée par l’Extrême-Orient. Dès lors elle ne cessa de rêver du sud-est asiatique et envisagea d’y vivre un jour, ambition qu’elle réalisera plus tard.

    La famille Pierpaoli n’était pas heureuse. Les parents, en conflit permanent, vivaient dans la mésentente, les disputes entre frères et sœurs étaient fréquentes. Dans cet environnement malsain Yvette turbulente, au caractère déjà bien affirmé, manifesta bientôt une attitude agressive envers sa famille et ses camarades de classe, à telle enseigne qu’elle fut bientôt surnommée « la peste ».

    Ayant quitté l’école dès sa quinzième année, Yvette trouva un poste d’employée de bureau à l’Union des Castors Lorrains. C’est alors qu’elle se fit remarquer par un radio-amateur qui l’initia à son activité et lui construisit un poste émetteur-récepteur. Yvette se mit avec acharnement à ce passe-temps, se documenta sur la question, passa ses examens et sous le code F2 YP devin l’une des premières Françaises radio-amateur.

    Elle chercha bientôt un autre emploi et fut engagée à la direction du Service des Mines à Metz. Elle continuait à vivre au domicile familial, mais de jour en jour les relations avec son père devenaient de plus en plus conflictuelles. Le soir de Noël 1958, à l’issue d’une altercation particulièrement violente, elle quitta le domicile familial. Après avoir erré dans les rue de Metz, elle décida de se rendre à Paris.

    Elle trouva refuge dans un hôtel borgne situé à proximité du Faubourg Saint-Denis. Elle s’éprit d’un proxénète et lui échappa lorsque celui-ci voulut la contraindre à la prostitution. Ses modestes économies furent vite épuisées : elle fit alors le rude apprentissage de la misère, vivant dans la rue de petits métiers. Après une tentative manquée de suicide elle décida de réagir. Elle trouva un emploi de secrétaire chez un avocat et put, dès lors, vivre décemment. Poursuivant son rêve d’enfance, elle se mit à fréquenter assidûment les milieux asiatiques de Paris. A la suite d’une relation amoureuse avec un étudiant en médecine cambodgien, elle fut enceinte et accoucha d’une fille prénommée Emmanuelle.

    Sa décision était prise : en 1967, âgée de 29 ans, elle s’envola pour le Cambodge, accompagnée de sa fille âgée de quelques mois. Elle fut bien accueillie à Phnom-Penh où elle se fit rapidement de bonnes relations dans tous les milieux. Elle se révéla bientôt comme une excellente femme d’affaires, après avoir réussi à vendre un petit avion fabriqué par Dassault. Elle vendit ensuite des bouchons, des produits chimiques, des engrais, des tracteurs. En 1969, elle fonda avec un Suisse Kurt Fuller, une société d’import-export « Sinofrance » devenue ensuite « Suisindo ».

    La prospérité des affaires d’Yvette Pierpaoli fut entravée à partir de 1970 par la guerre. Les Khmers rouges, menés par Kieu-Samphan et Pol-Pot, occupèrent une partie du pays, instaurant un régime de terreur, ce qui entraîna une intervention militaire du Sud Vietnam et des USA. En 1974, fuyant l’avance des Khmers rouges, un grand nombre de réfugiés affluèrent sur Pnom-Penh épargné jusque là. Emue par la triste situation des enfants victimes de cette guerre, Yvette Pierpaoli décida alors de leur consacrer une partie de son activité. Elle prit l’habitude d’en héberger en permanence une vingtaine dans sa demeure.


    [​IMG]
    Yvette Pierpaoli entourée d’enfants cambodgiens abandonnés.
     
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  4. Bernard

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    Elle fit cette même année un court séjour en France, afin de se réconcilier avec sa famille qu’elle n’avait pas revue depuis seize ans. Elle fut accueillie à Metz par sa sœur et se rendit au domicile de ses parents qui résidaient alors à Héricourt (Meuse).

    Revenue au Cambodge, elle devint responsable d’une compagnie aérienne « Continental Aire Service » qui effectuait des vols réguliers entre Phnom-Penh et Bangkok pour le compte de l’ambassade des USA. Elle fonda ensuite avec son associé Kurt, sa propre compagnie « Combodair » composée de deux hélicoptères, et de deux avions destinés à assurer des déplacements au Cambodge dont la plupart des routes étaient occupées par des rebelles.


    [​IMG]
    Baptême de la compagnie d’aviation « Combodair »

    En avril 1975, Phnom-Penh tomba entre les mains des Khmers rouges. Ceux-ci organisèrent l’exécution systématique de leurs ennemis de la veille et décrétèrent le déplacement de la population urbaine vers la campagne, où elle fut soumise à des travaux forcés démesurés. Afin de mettre ses enfants à l’abri de ces atrocités, Yvette Pierpaoli se décida à transporter le siège de sa société à Bangkok. Elle entreprit alors alors de venir en aide aux Cambodgiens qui avaient fui leur pays, et avaient trouvé refuge en Thaïlande. Sillonnant la frontière au volant d’une petite voiture, elle visita les camps de réfugiés dans lesquels ils séjournaient, leur apportant vivres et médicaments. A de nombreuses reprises, elle emmena à Bangkok, afin qu’ils puissent être opérés, des enfants blessés qui ne pouvaient pas recevoir sur place des soins adaptés à leur état.

    En 1979 l’armée vietnamienne envahit le Cambodge et libéra la capitale. Le gouvernement de Thaïlande s’engagea alors dans une vaste opération de renvoi des réfugiés cambodgiens dans leurs pays : ceux-ci furent internés et une grande majorité fut massacrée. Yvette Pierpaoli, qui continuait à vivre à Bangkok et qui se rendait régulièrement à Phnom-Penh en avion, entreprit alors de nombreuses démarches auprès des autorités, afin d’obtenir la libération de certains de ces malheureux. Elle obtint par ailleurs des autorités thaïlandaises l’attribution de plusieurs tonnes de riz qui lui permirent de les sauver de la famine.

    C’est peu après avoir appris la mort de son père qu’elle découvrit en 1979 un garçon de 5 ans, agonisant sur un charnier. Elle le recueillit, le fit soigner, et se décida à l’adopter, sous le prénom d’Olivier. Elle parvint à force de patience et d’amour a faire de cet enfant agressif, dangereux, un adolescent heureux qu’elle associera plus tard à ses actions humanitaires.

    Malgré les évènements, les affaires d’Yvette Pierpaoli avaient repris de l’ampleur. En 1981, son associé Kurt mourut d’une crise cardiaque dans l’avion qui le ramenait d’Europe. Ses associés thaïlandais profitèrent de cette situation pour la dépouiller de ses parts. Nullement démoralisée par la perte de son affaire, elle en lança une nouvelle « Indossis » dont l’essor fut rapidement prometteur ; en un an elle avait récupéré la majeure partie de son ancienne clientèle.

    En 1985, Yvette Pierpaoli décida d’abandonner ses activités commerciales dans lesquelles elle avait parfaitement réussi. Après avoir confié la direction de ses affaires à ses collaborateurs, elle regagna la France. Désirant réfléchir en paix sur son avenir, elle se décida à faire une retraite au monastère normand de Bec-Hellouin. Elle y rencontrat un jeune religieux d’origine, le père Tiziano, qui s’apprêtait à repartir comme missionnaire au Guatemala. Il lui décrivit la triste situation de ce pays qui sortait de la guerre civile et qui dirigé par un régime sévère, vivait dans la misère. Le conflit avait laissé cent mille orphelins, laissés à eux-mêmes. Yvette Pierpaoli se décida alors à se consacrer entièrement au sort de ces enfants déshérités. Afin de réunir les fonds nécessaires à l’organisation qu’elle avait fondée dans ce but « Tomorrow » (demain), elle effectua des tournées en France, en particulier à Metz, où elle réunit un certains nombre d’amis. Elle se rendit également aux USA. Ses efforts furent couronnés de succès et elle réussit à collecter la somme de 30 000 dollars et à obtenir la fourniture d’une ambulance et de matériel médical.

    Elle prit alors en charge un village d’indiens, Zaculeu, en grande partie détruit, démuni de tout, peuplé d’un milliers d’habitants, dont 225 orphelins et 60 veuves. Bientôt rejointe par plusieurs volontaires, elle entreprit de faire reconstruire les maisons, de faire creuser des puits et de remettre les terres en culture. Elle fit édifier une école, ainsi qu’un centre de santé, assurant des soins prodigués par une infirmière belge. Cette action fu efficace et en trois ans le village de Zaculeu put retrouver son autonomie, apportant la preuve « qu’une personne seule peut parfois réussir ce que de grandes organisations ne permettent pas ».


    [​IMG]
    Yvette Pierpaoli avec les enfants du village de Zaculeu (Guatemala)

    La restauration de Zaculeu étant en bonne voie, Yvette Pierpaoli décida de se consacrer aux enfants abandonnés de la capitale, Guatemala-Ciudad. Elle acquit une maison dans un quartier déshérité de la ville « La Novena ». Plus de 500 enfants garçons et filles, âgés de 5 à 17 ans, furent accueillis dans cet établissement. Abandonnés par leur famille, ou orphelins, couverts de vermine, drogués pour la plupart, souvent dangereux, ils vivaient de larcins et de prostitution. Avec de la patience et de l’amour, s’occupant de leur éducation et de leur instruction, elle parvint à en sauver un certain nombre de la misère et leur assurer une insertion professionnelle. Ces enfants lui étaient très attachés, et lui donnèrent le surnom d’abuela (grand-mère).
     
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  5. Bernard

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    Elle reçût, lors de son séjour au Guatemala, la visite d’un responsable de l’UNICEF qui l’entretint sur la situation difficile d’enfants abandonnés en Bolivie. Abandonnant la Novena à ses collaborateurs, Yvette Pierpaoli décida, en novembre 1986, de se rendre à La Paz. Elle y découvrit un petit monde d’enfants, souvent très jeunes, abandonnés par leurs familles, vivant dans la rue de petits métiers, tels que les 200 à 300 cireurs de chaussures (lustrabotas). Elle réalisa à leur intention une opération intitulée « Qharuru ». Elle en accueillit un grand nombre dans une maison qu’elle avait acquise, s’occupa de les nourrir, de leur assurer des soins médicaux et de les scolariser. Profitant d’un programme lancé par le gouvernement, elle acquit soixante-six parcelles d’un terrain situé sur un plateau désertiques des Andes, en vue de permettre à des familles d’y construire leurs maisons. Elle réussit au cours d’une tournée d’un mois en Europe et aux Etats-Unis, à réunir les fonds nécessaires au financement de cette opération.

    [​IMG]
    Opération « Quaruru » - Sur le plateau des Andes ces gens ont bâti leurs maisons.

    En mars 1986, totalement épuisée par son travail et ne supportant plus le climat, ni l’altitude de La Paz, elle quitta la Bolivie, laissant derrière elle une belle réalisation, dont ses collaborateurs assurèrent la continuité. Elle entreprit alors un long voyage qui l’emmena en Asie, ce qui lui permit de liquider son affaire et de la laisser aux mains de ses associés. Elle se rendit ensuite à New-York où sa fille, Emmanuelle, poursuivait une carrière de danseuse. Après ce périple elle revint en 1989 en France dont elle avait été si longtemps absente. Elle séjourna pendant trois ans dans une maison « Calle-Biou » située à Uzès, qu’elle avait acquise en 1980 au court d’un bref séjour dans son pays natal et dans lequel elle n’avait, jusque là, pratiquement pas résidé. Elle entreprit la rédaction de ses mémoires et rédigea son autobiographie parue en 1992 chez Lafont « Femme aux mille enfants » dans laquelle elle relatait « un combat pour faire naître l’espoir ». Elle vint en personne présenter cet ouvrage à Metz en 1992, lors de l’Eté du Livre. La presse locale se fit l’écho de cet évènement.

    [​IMG]
    " Femme aux mille enfants "

    Yvette Pierpaoli ne considérait cependant sa mission comme terminée, et restait au contact des organismes d’occupant des populations déshéritées dans le monde. Elle entra alors dans une organisation basée à New-York : « Refugees internationnal » dont le président, Richard Holbrooke sous-secrétaire d’état américain, fut le négociateur des accords de paix signés à Dayton en 1995. Cette association lui confia sa représentation en Europe. A ce titre, elle accomplit de nombreuses missions dans le monde entier. Au Libéria, elle réussit à assurer la survie de 500 affamés. Elle retourna au Cambodge après que la situation fut stabilisée, afin d’assurer une fois de plus le retour des réfugiés. Elle fut en Afrique au moment des évènements survenus au Mali, au Burundi, au Niger, au Kenya. Elle se rendit en Birmanie et contribua, à cette occasion, à l’attribution en 1991 du prix Nobel de la paix au birman Aung-San-Sou-Kyi.

    L’association dont elle était responsable lui avait confié au printemps 1999 une mission destinée à porter assistance aux réfugiés du Kosovo. Elle se rendit sur place, accompagnée de deux autres délégués, David et Penny Mc Call, afin d’explorer les moyens à réaliser cet objectif. Alors qu’ils circulaient en voiture le 18 avril 1999 sur la route reliant Tirana à Kakes, ils furent, tous les trois, victimes d’un accident mortel.

    Ainsi mourut au champ d’honneur humanitaire cette femme exceptionnelle qui, pour des miliers d’être humains, reste une figure inoubliable.

    En conclusion de son autobiographie elle nous a laissé un message que je livre à votre méditation :

    « La tâche est écrasante, et immense notre faiblesse, mais le fait que nous puissions si peu ne justifie pas ne rien faire. Pour moi je garderai ma foi invétérée. Si à l’échelle individuelle nos actions ont la légèreté d’un nuage, réunies elles pourraient changer la couleur du ciel ».


    [​IMG]
     
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  6. MamLéa

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    Merci, Bernard. Cette femme au parcours exceptionnel mérite l'hommage que tu lui fais et notre admiration. :hat:
     
  7. Bernard

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    « The Constant Gardener »

    [​IMG]

    John le Carré, écrivain anglais portant le thriller à son plus haut niveau littéraire, s’est inspiré de la vie d’Yvette Pierpaoli pour façonner Tessa, le personnage majeur de son best-seller « The Constant Gardener ». En hommage l’auteur dédia son roman à l’héroïne lorraine de l’action humanitaire. En 2005 The Constant Gardener a fait l’objet d’une adaptation cinématographique réaliisée par Fernando Meirelles

    En 1974, John le Carré avait fait la connaissance d’Yvette à Phnom-Penhn (Cambodge), lors d’un dîner mondain organisé par un diplomate allemand alors que la ville était assiégée par les Khmers-rouges. A cette époque, Yvette dirigeait avec son associé Kurt Fuller la société d’import-export « Suisendo ».

    Lors d’une interview donnée au journal new-yorkais « The Observer » en février 2001, John le Carré décrivait Yvette Pierpaoli comme étant : une jeune femme (elle avait alors 36 ans) de taille moyenne, très vive, brune aux traits méditerranéens. A prime abord, elle avait l’apparence d’une personne vulnérable mais pouvait se métamorphoser soudainement en citadelle imprenable. Elle savait tour à tour vous flatter, se répandre en sourires puis vous couvrir de mille reproches et même vous injurier comme un charretier. Mais tout cela était pour une bonne cause. Et la cause, vous l’aurez vite compris, était un absolument non-négociable, exigence viscérale chez elle pour obtenir de la nourriture et de l'argent pour les affamés, des médicaments pour les malades, des toits pour les sans-abri, des papiers d’identité pour les apatrides, et en général, tout-ceci lors de négociations musclées, pragmatiques, aussi terre-à-terre que vous pourriez imaginer. Bref, elle usait de toute les ruses pour accomplir ce que certains n’hésitaient pas à qualifier de miracles.

    Peu après le décès d’Yvette Pierpaoli, John le Carré vint spécialement à Uzès pour s’incliner sur la tombe de son amie.


    « Femme aux mille enfants »

    [​IMG]

    Lors de l’Eté du Livre 1992 à Metz Yvette Pierpaoli se confiait à Gérard Oesttreicher alors journaliste au Figaro : « Je me bats de plus en plus pour ceux qui souffrent ; orphelins et réfugiés… Leur reconnaissance, celle de leur famille, c’est devenu mon bonheur, ma drogue… On a rien fait pour le mériter, ce bonheur. Tout à coup il vient vous submerger, vous ouvrir le cœur à vous faire mal, vous emporter sur des cimes auparavant ignorées. Et quand vous redescendez, vous êtes ébloui. Incapable d’en parler. » Concernant son combat : « Les portes auparavant fermées s’ouvrent ; les sentiers épineux et étroits débouchent sur de belles avenues et, au fur et à mesure que l’on avance, on devient plus sûr de soi. On ne peut plus dès lors, rester indifférent devant l’injustice ou la souffrance d’autrui. Il devient impossible de baisser les bras. »
     
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  8. Bernard

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    Une photo rare, Yvette Pierpaoli avec ses deux enfants.

    [​IMG]
    Collection privée Dr François Yung, avec son aimable autorisation.


    Je me suis mis sur la piste des 2 enfants d’Yvette… :)

    Emmanuèle est mariée à un cambodgien nommé Phuon. Ils sont établis à Phnom-Penh où Emmanuèle est passée de la danse à la chorégraphie. Elle est associée à un programme culturel visant à faire renaître les danses traditionnelles cambodgiennes qui avaient été interdites sous le régime communiste de Pol Pot

    http://kimedia.wordpress.com/2011/0...e-phuon-breathes-new-life-into-ancient-dance/


    Olivier pour sa part est installé à Uzès (Gard) où sa mère possédait une maison. Il y est propriétaire d’un restaurant « Au fil de l’eau » où il exerce comme chef-cuisinier spécialisé dans les plats de poissons…

    http://www.gillespudlowski.com/3253/restaurants/pierpaoli-le-meconnu-duzes
     
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  9. Bernard

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    Un petit up pour Yvette:)
     
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  10. Lothringer

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    (je supprimerai mon message pour ne pas polluer le sujet) Juste un mot pour te dire merci Bernard, de nous relater ce genre d'histoires... Je ne connaissais pas et c'est passionnant ;)
     
  11. MamLéa

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    yapu... d'images ! :traurig:
     
  12. Bernard

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    Merci Mam' :bisou:
    Voilà toutes les illustrations sont de retour !
    Alors bonne lecture ! :)
     
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  13. MamLéa

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    C'est moi, qui te remercie ! :bisou:
     

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